Collection ALS/1936/Guinier Arborum Amance
Société des sciences naturelles de Strasbourg // Société des sciences de Nancy // Académie lorraine des sciences (1936) |
L'Arboretum de l’École des Eaux et Forêts, à Amance
Compte-rendu de l'Excursion du 7 juin 1936,
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Sommaire
Le compte-rendu
COMPTE RENDU DE L'EXCURSION DU 7 JUIN 1936
L'Arboretum de l'Ecole des Eaux et Forêts, à Amance
PAR
Ph. GUINIER
Directeur de l’École nationale des Eaux et Forêts
De la nécessité des arboretums[EDI 1]
Si variée que soit la flore forestière française, elle ne
fournit que des éléments insuffisants pour l'ornementation
des jardins et parcs. Depuis longtemps, à mesure que progressait l'exploration botanique de pays nouveaux, on a eu
recours à des arbres d'ornement exotiques. De plus, la composition naturelle de nos forêts n'est pas toujours telle que
le terrain est utilisé au mieux. Il est des stations où les
essences forestières indigènes ne peuvent croître et où, par
contre, certaines essences exotiques peuvent former de
beaux peuplements. Tel est le cas des vallons frais, des
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basses, des contreforts des Vosges gréseuses, aux environs
d'Epinal: peuplés naturellement de quelques Bouleaux et
Aunes de faible développement et sans valeur, le Pin
Weymouth (Pinus Strobus), venu d'Amérique du Nord, y
forme maintenant de superbes futaies. Des arbres exotiques
peuvent être aussi d'utiles producteurs de bois de qualité
spéciale qui nous font défaut. Les arbres exotiques appellent
donc l'attention à un double titre: arbres d'ornement et
arbres forestiers.
Les possibilités de réussite de la culture d'une essence exotique dans une région peut être prévue. Chaque espèce possède vis-à-vis des conditions écologiques (climat et sol), des exigences qui sont les causes essentielles de sa locali- sation géographique. Il est évident que l'on ne peut espérer réussir qu'en fournissant à l'espèce, dans le pays où on l'introduit, des conditions analogues à celles qui régnent dans sa région d'origine. Mais on n'a ainsi qu'une proba- bilité, non une certitude. Un élément de réussite ne peut se préjuger : c'est la souplesse, la plasticité de l'essence vis-à-vis des circonstances écologiques nouvelles. D'autre part, malgré les progrès de la climatologie et de la géographie botanique, on connaît encore trop mal les conditions exactes dans lesquelles croît naturellement une espèce provenant de pays lointains. La seule méthode qui conduise à des conclusions précises et à des indications pratiques est l'expérimentation suffisamment prolongée. De là la nécessité à'Arboretums où, sous des climats et des sols divers, on cultive les essences exotiques jugées intéressantes.
Depuis longtemps, dans diverses régions françaises, des
amateurs ou des services publics ont constitué des arboretums; tel entre autres l'Arboretum des Barres, à Nogent-sur-Vernisson (Loiret), dépendant de l'administration des
Eaux et Forêts. Mais tous ces arboretums sont concentrés
dans l'Ouest et le Centre, sous des climats d'ailleurs particulièrement favorables. Presque rien n'existait dans l'Est, où
le climat, de type continental, aux hivers rudes, aux étés
chauds et parfois secs, expose les arbres exotiques à des
conditions beaucoup plus dures. D'ailleurs on remarque la
pauvreté en exotiques d'ornement des jardins et parcs de
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Lorraine; les exotiques, d'autre part, ne sont guère utilisés
pour le boisement. L'expérimentation s'imposait là plus
qu'ailleurs. Il était, au surplus, indispensable que l'Ecole des Eaux et Forêts disposât pour l'enseignement et les recherches, d'une collection d'arbres exotiques.
L'Arboretum d'Amance
Tels sont les buts auxquels répond l'Arboretum de l'Ecole des Eaux et Forêts situé dans la forêt domaniale d'Amance, non loin du village de Champenoux. Sa création date de 1901.
Cet Arboretum, d'une surface totale d'une dizaine d'hectares, est situé sur un plateau, à une altitude de 250 mètres. Il repose sur les marnes du Charmouthien ; le sol, argilo- siliceux, du type sol brun forestier légèrement lessivé, offre une moyenne de propriétés physiques qui, malgré sa compacité, le rendent assez propice à un grand nombre d'espèces; la faible teneur en chaux y permet la culture des calcifuges. Le climat est à peu près celui de Nancy ; toutes les particularités qui rendent difficile la culture de beaucoup d'espèces s'y trouvent rassemblées : périodes hivernales de froid avec ciel découvert et vent, minima accentués de température certaines années (—30 en 1929), gelées printanières, souvent périodes de sécheresse estivale.
L'Arboretum a été planté de 1901 à 1909 à l'aide de plants d'âge varié, âgés de 5 à 6 ans en général, parfois davantage. Les arbres lès plus vieux de l'Arboretum sont donc, en moyenne, âgés de 35 à 40 ans. Après la guerre, pendant laquelle des dégâts assez importants sont résultés des bombardements et aussi du manque de soin, les plantations ont été reprises à partir de 1920 et sont régulier ementconti- nuées pour les espèces non encore représentées. Il est à remarquer que la plupart des plantations ont été faites à l'aide de sujets fournis par des pépiniéristes.
Cette méthode, d'ailleurs seule pratiquement utilisable
à l'époque, présente le gros inconvénient que l'on ignore
complètement l'origine des graines qui ont donné nais-
sance aux plants. Or, il existe dans une même espèce
des races et, en particulier, des races climatiques dont
la résistance aux conditions locales est très inégale et dont la
valeur pratique est très différente. Actuellement les plants
mis:
en place sont élevés en pépinière et issus de graines dont
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la provenance est connue : on sait ainsi de quelle race il s'agit.
Il faut signaler aussi la méthode que l'on a utilisée pour
l'installation des plantations à l'Arboretum. Le terrain était
occupé par un taillis qui a été abattu, mais au lieu de défricher le sol, on a laissé rejeter les arbres et les plantations sont
ainsi placées au milieu d'un taillis que l'on éclaircit progressivement de manière à dégager les arbres à mesure qu'ils
grandissent. Ces arbres bénéficient ainsi de l'ambiance climatique, créée par la forêt, abri contre les vents, atténuation des
oscillations de température, augmentation de l'humidité
atmosphérique; les inconvénients du climat continental sont
atténués. Ce système permet, surtout pendant la phase de
jeunesse où ils se montrent plus délicats, d'élever des arbres
exotiques qui, isolés, souffrent du climat lorrain.
Un Arboretum est avant tout une collection dans laquelle on tâche de rassembler le plus grand nombre possible d'es- pèces, chacune étant représentée par un petit nombre de pieds rapprochés les uns des autres. Mais, si on veut utiliser une essence comme arbre forestier, il est intéressant d'en constituer des bouquets assez étendus, de manière à pouvoir juger de la façon dont elle se comporte dans des conditions franchement forestières, de la manière dont elle s'accroît et des produits qu'on peut en espérer. A cette préoccupation correspond la plantation de places d'essais d'une certaine surface, garnies d'une essence donnée. Aussi a-t-on créé une annexe de l'Arboretum où les essences qui paraissent le plus intéressantes ont été installées en une série de compartiments de 25 ares de surface moyenne. Cette annexe entoure l'étang de Brin. Les conditions de climat local, dans cette dépression, sont particulièrement rigoureuses, en raison des gelées printanières et des basses températures hivernales; aussi les résultats obtenus donnent de sûres indications sur la possibilité de culture forestière de ces essences en Lorraine
L'analogie suffisante du climat du pays d'origine et du
pays d'introduction étant une condition essentielle de réussite,
on comprend que, sous le climat de Lorraine, on ne peut son-
ger à introduire que des espèces de climats assez froids.
C'est presque uniquement dans la zone tempérée froide et
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dans les montagnes de la zone tempérée chaude de l'hémisphère nord qu'on pourra les chercher. L'hémisphère sud,
où ces zones sont restreintes et jouissent d'un climat de type
océanique, ne peut fournir qu'une contribution négligeable
à l'enrichissement de nos parcs ou forêts.
On peut distinguer dans la vaste masse continentale qui occupe la zone tempérée de l'hémisphère nord, plusieurs grande régions floristiques, distinctes par leur flore ligneuse :
- 1° Eurasie occidentale (Europe, Asie Mineure, Caucase, Sibérie occidentale) ;
- 2° Eurasie orientale (Sibérie orientale, Mandchourie, Chine, Himalaya, Japon);
- 3° Amérique occidentale (Côte du Pacifique, Montagnes Rocheuses et annexes, Californie);
- 4° Amérique orientale (Versant de l'Atlantique, du Canada et des Etats-Unis).
Pour le classement des espèces cultivées clans l'Arboretum on a pris comme base cette division géographique ; des allées séparent des compartiments groupés en quatre sections cor- respondant à chacune de ces divisions. Les quelques essen- ces de montagnes de l'Afrique du Nord cultivables sont adjointes à la section de l'Eurasie occidentale. Les comparti- ments sont numérotés et désignés par des plaques indicatri- ces de couleur différente pour chaque section. On trouve ainsi rapprochées les unes des autres les essences d'une même région.
En parcourant l'Arboretum on peut non seulement se ren- dre compte des caractères des principales essences exotiques cultivables en Lorraine, mais aussi constater la manière dont elles se comportent sous ce climat, apprécier leur intérêt orne- mental et leur valeur forestière: après 35 années environ de culture pour le plus grand nombre, les résultats obtenus commencent à être concluants. U n certain nombre se sont affirmées bien adaptées au climat lorrain, on peut les utiliser dans les jardins ou en faire des boisements productifs.
ESSENCES EUROPÉENNES, ASIATIQUES OU DE L'AFRIQUE DU NORD
Parmi ces essences, celles qui se révèlent les plus intéressantes appartiennent au groupe des Conifères.
- Sapins méditerranéens (Abies). — Ce sont des Sapins localisés dans les montagnes du pourtour de la Méditerranée. Par rapport au Sapin de l'Europe centrale (Abies alba), ils se montrent capables de supporter une atmosphère sèche et ensoleillée; aussi ils sont appréciés des horticulteurs et souvent cultivés à l'état isolé. Ils se sont montrés intéressants pour le boisement des moyennes montagnes méditerranéennes, là où le Sapin ne peut trouver l'humidité atmosphérique voulue. Les diverses espèces sont:
Voir aussi
- Dans le réseau Wicri :
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