C. R. Acad. Sci. (1892 114 p. 242) Mer
C. R. Acad. Sci. (1892 114) F242.jpg
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La communication
Introduction
[Physiologie végétale] : Réveil et extinction de l'activité cambiale dans les arbres.
Note de M Émile Mer présentée par M. Duchartre.
La note
Parmi les nombreuses questions que soulève l'étude de l'activité cambiale des arbres, il en est une particulièrement intéressante : c'est celle qui est relative à la marche de son réveil et de son extinction périodiques.
Au sortir du repos hivernal, l'assise génératrice libéro-ligneuse se remet-elle à fonctionner en même temps dans toutes les régions d'un arbre, ou bien ne le fait-elle que successivement, et, dans ce cas, suit-elle une marche déterminée? D'autre part, à la fin de l'été, suspend-elle son activité simultanément dans tous les organes, ou successivement; et alors dans quel ordre? Enfin l'allure du réveil et de l'extinction n'est-elle pas
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sujette à varier ? C'est pour résoudre ces questions que j'ai entrepris les recherches dont je vais exposer les résultats.
Pour connaître la marche du réveil de l'activité cambiale dans toutes les régions d'un arbre, j'ai examiné des sujets d'espèces et d'âges différents (Chêne, Hêtre, Charme, Tilleul, Peuplier, Sapin), placés dans des situations variées, par conséquent de vigueurs végétatives fort diverses.
- 1° Jeunes arbres de 20 ans et au-dessous, vivant en massif. — Dans tous ces arbres, j'ai vu l'activité cambiale commencer par les pousses les plus jeunes des rameaux et de la tige; de là elle s'étendait, tantôt successivement, tantôt presque simultanément dans les parties plus âgées des branches, ainsi que dans les régions médiane et basse du tronc. Elle ne débutait dans les racines que dix à quinze jours plus tard, apparaissant d'abord à l'origine des plus grosses, puis dans les moyennes, enfin dans les radicelles. Si l'on regarde la partie inférieure du tronc comme la base de l'arbre, on peut donc dire que, dans la partie aérienne, la marche de l'activité cambiale était basipète, et basifuge dans la partie souterraine.
- 2° Jeunes arbres vivant à l'état isolé. — Les résultats de mes observations ont été à peu près les mêmes que pour les arbres en massif. Toutefois, j'ai constaté une particularité intéressante. Par suite de l'isolement, les branches étaient généralement assez développées et se reliaient au tronc par un renflement assez volumineux. Or, celui-ci était le siège d'un développement cambial presque simultané avec celui de l'extrémité.
Dans les jeunes arbres, principalement quand ils vivent en massif,
les anneaux ligneux sont souvent plus larges à la partie moyenne et supérieure qu'à la base. Il n'en est pas de même pour les individus plus âgés,
surtout pendant la période de croissance maxima. Les branches et les racines ont atteint à cette époque un grand développement et presque toujours, sauf quand le massif est trop serré, les couches d'accroissement
s'élargissent du haut vers le bas du tronc, ce qui atteste une grande activité de l'assise génératrice dans cette dernière région. Il était intéressant de savoir quelle est alors l'allure du réveil de l'activité cambiale. Dans ce
but, j'ai examiné des arbres vivant isolément sur le parterre de coupes
effectuées depuis quelques années; d'autres placés dans des massifs assez
clairs pour que leurs accroissements ligneux fussent plus larges en bas ;
d'autres, enfin, situés dans des taillis de 23 à 3o ahs, ayant par conséquent
la cime au-dessus du massif, tandis que le tronc y était plongé. Chez tous
ces arbres, j'ai trouvé que l'activité cambiale débutait dans la région basilaire et renflée du tronc presque en même temps qu'à l'extrémitc des
branches supérieures et dans le renflement d'insertion de celles-ci quand il
y en avait un suffisamment prononcé. Elle ne se développait qu'ensuite
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dans les branches basses de la cime. Plus tard elle apparaissait dans la
partie médiane des branches et du tronc, plus tard encore dans les grosses
racines, et enfin dans les radicelles. Les foyers de développement étaient
donc multiples. Il en résultait que l'allure générale devenait ensuite, dans
les rameaux comme dans le tronc, basipète à partir de l'extrémité, basfuge à partir de la base, tout en restant basifuge dans lesracines.
Quand la croissance des arbres est ralentie, soit parce qu'ils végètent sous le couvert (Sapins principalement), soit pour tout autre motif, les anneaux ligneux sont très étroits à la partie inférieure du tronc et des branches. J'ai constaté que dans ces individus l'activité cambiale se manifeste très tardivement, en commençant par l'extrémité des rameaux. La marche est donc basipète.
De même qu'elle se réveille graduellement dans les diverses régionsd'un arbre, l'activité cambiale s'v éteint progressivement à la fin de l'été, mais en suivant un autre ordre. Elle disparaît des rameaux avant d dis- paraître du tronc. Dans les arbres en massif, elle abandonne d'abord les branches basses, moins vigoureuses que celles de la cîme, et les parties basilaire et médiane de ces branches avant leur extrémité. C'est ensuite seulement qu'elle se retire des pousses supérieures. Dans les rameaux volumineux d'un arbre isolé, elle s'éteint plus tôt à l'extrémité qu'au milieu.
C'est au niveau du renflement basilaire qu'elle persiste le plus longtemps.
Dans le tronc elle s'arrête d'abord au sommet, puis au milien et enfin à la base. Quand la végétation n'est pas très active, elle cesse au contraire plus tôt dans la région inférieure. Dans les racines elle se poursuit parfois quinze jours de plus que dans le tronc. On ne peut dire cependant que ce soit parce que le réveil y a été moins précoce, car avant de disparaître des grosses racines elle se retire des radicelles où, comme on l'a vu, elle se manifeste plus tard encore. C'est dans la portion du tronc située immédiatement au-dessous du sol que l'activité cambiale se confine en dernier lieu.
Tandis que dans la partie aérienne de l'arbre elle s'éteint de haut en bas, c'est de bas en haut c[u'elle quitte la partie souterraine. La souche étant la région par où l'activité cambiale débute et par où elle finit est donc celle où elle se maintient le plus longtemps. C'est ce qui explique le grand développement que les couches ligneuses y acquièrent quand les sujets sont vigoureux.
On voit que c'est dans les régions du tronc où l'activité végétative est
la plus prononcée, soit parce qu'elles sont les plus jeunes, soit parce
qu'elles soni le mieux nourries, c[ue se réveille d'abord l'activité cambiale
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(extrémités des branches et de la cime, renflements basilaires des rameaux, parties inférieures du tronc des arbres vigoureux). C'est là aussi,
que, en général, elle s'éteint en dernier lieu. Par contre, dans toutes les
circonstances où la végétation est ralentie, nous voyons l'activité cambiale
se manifester tardivement et s'arrêter plus tût (régions inférieures des
branches et du tronc dans les arbres en massif, sujets dominés, etc.). Entre
la durée de l'activité cambiale et son intensité, il y a donc une relation
manifeste.
Voir aussi
- Dans le réseau Wicri :
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- Source
- https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3070h/f242.item
- https://www.biodiversitylibrary.org/item/23484#page/264/mode/1up