Buffon illustré de la jeunesse - 1893/Mammifères/Domestiques/Chèvre
La chèvre
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La chèvre
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La chèvre est reconnaissable à ses cornes dirigées en
haut et eu arrière et comprimées transversalement; à
ses oreilles droites; à son corps svelte; à ses jambes ro-
bustes sa queue courte à sou pelage composé de
deux sortes de poils, les uns rudes et drus; les autres
luisants et d'une mollesse extrême: ordinairement la
chèvre a le menton garni d'une barbe assez longue.
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L'espèce principale est la chèvre sauvage, souche de
nos chèvres domestiques, remarquable par sa tête noire
sur le devant, rousse sur les côtés, et par son corps d'un
gris roussâtre avec une ligne noire sur le dos et à la
queue. On trouve des troupes de chèvres sauvages sur les
montagnes escarpées de la Perse. Les variétés domes-
tiques sont les chèvres communes, que tout le monde
connaît on estime leur lait (surtout celui des chèvres
blanches) pour le faire boire aux jeunes enfants.
Nous citerons encore la chèvre de Cachemire, qui
fournit le tissu des châles du même nom la chèvre an- gora, dont le poil long et soyeux sert à faire de magni- liques étoiles.
Le petit de la chèvre s'appelle chevreau.
La chèvre a, de sa nature, plus de sentiment et de res-
sources lit brebis elle vient à t'homme volontiers,
elle se familiarise aisulnellt, elle est sensible aux caresses
et capable d'attachement elle est aussi plus forte, plus
légère, plus agile et moins timide que la brebis elle est
vive, capricieuse et vagabonde. Ce n'est qu'avec peine
qu'on la conduit et qu'on peut la réduire en troupeau;
elle aime à s'écarter dans les solitudes, à grimper sur les
lieux escarpés, à se placer et même à dormir sur la pointe
des rochers et sur le bord des précipices elle est robuste,
aisée à nourrir presque toutes les herbes lui sont bonnes,
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et il y en a peu qui l'incommodent. Elle ne craint pas,
comme la brebis, la trop grande chaleur elle dort au
soleil, et s'expose volontiers à ses rayons les plus vifs.
Lorsqu'on conduit les chèvres avec les moutons, elles
ne restent pas à leur suite elles précèdent toujours le
troupeau. Il vaut mieux les mener séparément paître
sur les collines elles trouvent autant de nourriture qu'il
leur en faut dans les bruyères, dans les friches et dans les
terres stériles. Il faut les éloigner des endroits cultivés
elles font un grand dégât dans les taillis les arbres dont
elles broutent avec avidité les jeunes pousses et les écorces
tendres périssent presque tous.
Dans la plupart des climats chauds, l'on nourrit les chèvres en grande quantité, et on ne leur donne point d'étable. En France, elles périraient si on ne les mettait pas à l'abri pendant l'hiver.
Il est bon de les sortir de grand matin pour les mener aux champs l'herbe chargée de rosée qui n'est pas bonne pour les moutons fait grand bien aux chèvres.
La chèvre se montre toujours une mère dévouée non seulement pour ses petits, qu'elle défend contre les ani- maux les plus féroces, le lion, le tigre, mais même pour ses enfants d'adoption. On connaît l'histoire de cette chèvre qui nourrit un poulain et qui suivait ce pauvre animal partout, même dans les lieux qu'elle-même ne fréquente naturellement pas, qui le rappelait par des bêle- ments plaintifs et inquiets lorsqu'il s'éloignait d'elle. J'ai vu moi-même une chèvre chargée d'allaiter une petite fille de quelques mois et qui ne permettait à personne d'approcher d'elle, excepté au père et à la mère.