La méthode des fluxions (1740) Newton, Buffon/Préface
Texte
L'ouvrage, dont on donne ici la traduction, a été commencé en 1664.
et achevé en 1671 ; [1] Newton encore
peu connu dans ce temps voulait le faire
imprimer à la suite d'une introduction
à l'Algèbre d'un certain Kinckhuysen,
qu'il avait corrigée et augmentée ; on ne voit pas
pourquoi ce Livre ne fut pas imprimé : on voit seulement que dans la même année Newton changea
d'avis, et prit le dessein de le publier avec son Optique dont il avait déjà composé la plus grande partie : mais les objections et les chicanes qu'on lui fit
sur ses principes et sur ses expériences d'Optique ,
le chagrinèrent et l'empêchèrent de donner au Public
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ces deux Ouvrages. Voici ce qu’il en dit lui-même :
Et subortæ statim (per diversorum Epistolas objectionibus refertas) crebæ interpellationes me prorsus a concilio deterruerunt & effeçerunt me arguerem imprudentiæ quod umbram captando, eatenus perdideram quietem meam rem prorsus substantialem. [NDLR 1]
Il semble
même qu’il ait entièrement oublie son Ouvrage jusqu’en 1704. qu'il en a tiré son Traité des Quadratures,
Plusieurs années après M. Pemberton [2] obtint son
consentement pour faire imprimer l’Ouvrage entier,
on ne sait encore pourquoi cela a manqué ; enfin
l’Auteur est mort avant que le Livre ait paru, et encore il n’a paru que traduit. Newton l'a composé en
latin , M. Colson entre les mains de qui le Manuscrit
a été remis, n'a pas voulu le donner en original 5 il
l’a traduit , en 173 il l’a fait imprimer en Anglais,
afin , dit-il , que les Anglais ses compatriotes puissent
jouir des travaux du Grand Newton avant les autres
Nations. Il ajoute une raison qui me paroît meilleure et plus naturelle 3 c’efi qu’il avoir envie de joindre un Commentaire & des Notes de fa main , ces
Notes font en Anglois , Sc apparemment il a voulu
éviter la peine de les mettre en Latin.
Quoiqu’il en soit, c’est sur cette version Anglaise
que j’ai fait ma traduction 3 elle n'en fera pas plus
mauvaife pour cela ; car j’ai suivi en tout l'esprit de
l’Auteur, encore plus que le sens littéral ; dans des
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matières de cette efpéce il l'unit d'entendre les cho-
fes pour les bien rendre ; d'ailleurs la Géométrie &;
fur-tout la Géométrie de Newton n'a qu'un ityle.
Je n'ai pas traduit le Commentaire de M. Colfon ,
cependant j'en fais cas , ôc" j'avoue qu'il contient
plulîeurs bonnes chofes ; mais il faut avouer aufli que
ces bonnes chofes fe trouvent noyées dans une dif-
fulion de calcul qui rebute 5 que d'ailleurs ce long
Commentaire n'eu; qu'un commencement de Com-
mentaire , ££ que l'Auteur nous promet une fuite
bien complette au cas que ce commencement foie
bien reçu j ajoutez à tout cela que ces longues Glo-
fes font fuivies de deux grands Chapitres qui n'ont
aucun rapport avec l'Ouvrage ou le Commentaire j
en voilà plus qu'il n'en faut pour juftifier ma répu-
gnance à le traduire.
On n'aura donc ici que Newton tout feui ; mais Newton plus clair , plus traitable , Ôt" plus à la por- tée du commun des Géomètres qu'il ne l'cft dans au- cun autre de fes Ouvrages ; en 1671. dans le tems que ce Livre a été compofé 3 il auroit eu befoin de Commentaire ; mais la Géométrie a fait de grands progrès depuis foixante-dix ans , Se je ne crois pas que les Géomètres foient arrêtés à la lecture de cet Ouvrage , qui a toute la clarté &C toute l'étendue néccilaire pour être facilement entendu , dont les principaux articles ont déjà été commentés * } de qui
Notes de Buffon
Voir aussi
- Notes de la rédaction
- ↑ Et aussitôt renversées (remplies d'objections par différentes lettres), de fréquentes interruptions m'éloignèrent complètement du conseil, et me firent m'accuser d'imprudence, qu'en saisissant l'ombre, j'avais jusqu'ici perdu mon affaire tout à fait substantielle.