Collection ALS/1964/Bourdon Sphaeromatidae
Notes sur la Biologie de « Dynamene bidentata » Adams
Isopode sphaeromatidae
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Sommaire
Notes sur la Biologie de « Dynamene bidentata » Adams
Notes sur la Biologie
de « Dynamene bidentata » Adams
Isopode sphaeromatidae[1]
par
Roland BOURDON
Travaillant sur L'Epicaride Ancyroniscus bonnieri Caullery et Mesnil, parasite de Dynamene bidentata, nous avons eu l'occasion d'examiner de nombreux hôtes et d'effectuer chaque mois des récoltes à Roscoff (Finistère) pendant l'année 1961. Les observations sur cette espèce étant jusqu'à présent rares et fragmentaires, nous donnerons un bref aperçu de la biologie de Dynamene.
L'espèce Dynamene bidentata se rencontre dans la zone intercotidale, soit sous les pierres, soit parmi les Algues (Fucus, Cystoseira), voire sous les plaques de Lithothamnion, mais les tests vides de Balanus perforatus Bruguière constituent leur habitat caractéristique, ainsi, que l'avait déjà constaté Hesse [1873] et que l'ont noté depuis Caulery et Mesnil [1920] et Torelli [1930]. A la station de Bloscon, c'est uniquement dans ces Cirripèdes que les Dynamene forment de véritables populations et que l'on peut les obtenir en grand nombre, leur forte densité en cet endroit permettant d'en récolter plusieurs centaines en une seule marée.
Les Dynamene sont généralement groupées dans les Balanes.
Chaque Balane en contient un nombre plus ou moins élevé suivant
le volume interne du test ; le maximum observé est de neuf. Il est
toutefois nécessaire pour que les Isopodes en fassent leur habitat,
que l'intérieur de la Balane soit propre et dépourvu de tout autre
animal : Chiton, Actinie, Annélide, etc.. ou d'Algues. Une particularité
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intéressante à relever au sujet de ces « nids » est que chacun
d'eux, quel que soit le nombre d'individus réunis, ne compte qu'un
seul mâle ; les femelles peuvent être à des stades différents (juvéniles,
ovigères ou ayant déjà pondu) ; le mâle n'abandonne pas ses femelles,
même lorsqu'elles se sont libérées de leurs embryons. Nous n'avons
jamais trouvé de femelle isolée, mais les mâles solitaires sont
fréquents.
La richesse de la population est fort différente selon la saison, les Dynamene étant beaucoup plus nombreuses en hiver qu'en été. Il est évidemment difficile de chiffrer ces fluctuations ; disons simplement, à titre indicatif, que, pour un même volume de Balanes (10dm3 ), nous avons obtenu 759 individus en décembre 1962 et seulement 128 en août 1963. On peut donc estimer que la densité varie dans les proportions de un à six au cours de l'année.
On ne rencontre toujours dans ce biotope que des individus adultes ou proches de la maturité. Les jeunes Dynamene abandonnent très tôt les Balanes pour gagner d'autres endroits, non déterminés, mais se trouvant à des niveaux inférieurs, car aucun des premiers stades n'a jamais été rencontré ni dans les Balanùs perforatus ni dans Chthamalus stellatus ou Lichina pygmaea dans lequel abonde un autre Sphéromien, Campecopea hirsuta.
Il n'est pas rare de pêcher dans le plancton de jeunes Dynamene (FAGE, 1933 ). Il s'agit alors d'animaux gagnant occasionnellement la surface, mais qui vivent ordinairement au milieu des Algues (notamment les Cystoseira) dans lesquelles on les prend à marée basse. On remarquera que la majorité des spécimens pris dans ces Algues sont loin d'être adultes, ce qui permet de penser que les Dynamene y effectuent leur croissance.
Leur développement achevé, elles émigrent alors vers le haut de la zone intercotidale où elles s'établissent, selon la nature du substrat et de la faune sessile, dans les fissures des roches ou plus communément dans les Balanes vides, stations où s'accomplissent la mue de puberté et la ponte.
A leur arrivée dans les Balanes, toutes les femelles sont encore juvéniles. Elles sont ordinairement de deux teintes : verte ou rouge ; elles étaient autrefois considérées comme espèces distinctes sous les noms de viridis et rubra. Les premières sont de beaucoup les plus communes (87%). Leur taille est comprise entre 6 et 7 mm. Toutes sont en gamétogénèse, le développement des oocytes étant d'autant plus avancé que la mue pré-ovigère est proche.
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La migration des juvéniles commence à se manifester en août
et le graphique 1 montre que leur pourcentage est fort élevé en
hiver (78 et 70% en décembre et janvier) ; mais dans les mois
suivants, on assiste à une diminution régulière de ces femelles
juvéniles tandis que le nombre des ovigères augmente. Parallèlement ; le taux de masculinité (sex-ratio des auteurs anglo-saxons)
qui était à dominance femelle à la remontée des Dynamene, se
renverse progressivement et, à la fin de la période de reproduction,
il ne reste plus guère que des mâles (graphique 2). Ce fait ne doit
pas être imputé à un retour des femelles vers les niveaux inférieurs
après la ponte, mais est consécutif à la mortalité des ovigères après
la ponte. La survie des mâles, plus longue, est d'ailleurs confirmée
par les élevages et explique la présence fréquente d'Algues épiphytes
telles que Enteromorpha, Dasya, Ceramium, etc. , sur leur telson[2].
La mue de puberté s'effectue en deux temps comme pour les autres mues, la partie postérieure étant rejetée la première (un « lapsus calami » fait dire l'inverse à CAULERY et MESNIL). Entre le rejet des deux demi-exuvies s'écoule, en élevage, un intervalle de deux ou trois jours. La durée de ce phénomène semblerait indiquer que l'animal éprouve, des difficultés à se dégager de l'ancienne cuticule, en particulier de la partie antérieure qui peut rester partiellement adhérente plusieurs jours après la ponte. Panouse [1940] avait également observé que l'exuviation paraissait longue et pénible chez Campecopea hirsuta.
Le passage de l'état juvénile à l'état pubère s'accompagne d'une décoloration des téguments (sur lesquels il devient difficile de reconnaître la variété chromatique à laquelle les individus appartenaient), de l'acquisition d'oostégites formant une cavité incubatrice bien close et, caractéristique importante de cette mue, de la régression des appendices buccaux qui ne permettent plus aux femelles pubères de se nourrir [HANSEN, 1916]. Il se produit également une légère diminution de la taille. Alors que la modale des juvéniles était de 6,5 mm, elle n'est plus que de 6,1 mm chez les pubères (tableau I), fait confirmé par les élevages, quoique donnant alors des chiffres légèrement plus faibles.
Les femelles ovigères se rencontrent toute l'année, mais c'est surtout entre avril et juillet qu'elles sont les plus nombreuses (entre 85 et 76%), époque qui marque le sommet d'une courbe régulière.
| Longueur en mm. | 5.4 | 5.6 | 5.8 | 5.9 | 6.1 | 6.3 | 6.5 | 6.6 | 6.8 |
| ♀♀ juvéniles | 1.1 | 3.3 | 8.8 | 16.5 | 20.9 | 29.7 | 10.9 | 8.8 | |
| ♀♀ pubères | 3.4 | 10.2 | 13.6 | 16.9 | 25.4 | 11.9 | 15.2 | 1.7 | 1.7 |
récoltées en janvier et février 1961 en%. | |||||||||
Le graphique 3 indique que le nombre des œufs pondus est compris entre 69 et 161 et que, tout en montrant des écarts individuels assez importants, il est en rapport avec la taille de la femelle. A titre de comparaison, nous indiquerons qu'à Roscoff Sphaeroma serratum, de taille cependant plus grande, pond entre 19 et 96 œufs et que le minuscule Campecopea hirsuta, qui ne mesure que 2 à 3 mm, a une fécondité très réduite et n'émet que 6 à 9 œufs.
Les œufs, d'abord sphériques, d'un diamètre initial de 0,3 à 0,4 mm, sont de couleur jaune, puis orange ; à l'approche de l'éclosion, leur forme s'est considérablement allongée et ils mesurent 0,75 X 0,30 mm environ ; la ponte apparaît alors verdâtre au travers du marsupium fortement distendu. La durée d'incubation semble relativement longue ; dans les quatre cas où elle a été suivie 50, 57, 61 et 68 jours ont été nécessaires au développement complet des embryons (température moyenne : 15° C). L'évolution n'est d'ailleurs pas synchrone pour toutes les larves ; on trouve presque toujours des stades moins évolués dans une ponte prête à être libérée. Un fait analogue s'observe également chez les Sphaeroma serratum (BOCQUET. C , communication personnelle). La première mue post-larvaire se produit à l'intérieur du marsupium maternel ; les jeunes Dynamene mesurent alors environ 1 mm au moment où elles abandonnent la poche incubatrice.
Après l'éclosion, les femelles qui ne s'alimentent plus depuis la mue de puberté, meurent. La faible proportion de post-ovigères dans toutes les récoltes, toujours inférieure à 11% (graphique 1) indique que leur survie doit être assez courte. Cependant, quelques individus ont pu être conservés vivants pendant plus d'un mois aprè^s la libération des jeunes.
Deux observations
Nous terminerons ce rapide exposé sur la biologie de l'espèce par deux observations qui paraissent intéressantes à signaler bien que nous ne soyons pas encore fixés sur leur signification
- - Sept femelles de Dynamene ont été rencontrées qui différaient de la forme typique par plusieurs caractères. Alors que les ovigères normales mesurent au minimum 5,4 mm de longueur, ces spécimens avaient des dimensions nettement inférieures, variant entre 4 et 4,4 mm. La coloration, au stade juvénile, était d'une nuance rose particulière.
[157]Le profil du telson, plus bombé, rappelle celui des premières formes post-larvaires. Trois mâles, de tailles voisines et ayant un chromatisme comparable ont été également trouvés. S'agit-il d'une variété de l'espèce ou plus simplemen d'individus ayant « sauté » une ou deux mues ? C'est ce que l'élevage permettra peut-être de préciser ultérieurement. - - D'autre part, deux individus de 6,3 et 6,6 mm, montrant toutes les apparences de femelles juvéniles, présentaient des rudiments d'épines dorsales sur la face dorsale du péréion. Cette ornementation, qui constitue un caractère sexuel secondaire propre aux mâles, est complètement développée avant que ceux-ci n'aient atteint cette taille. Il semble que nous soyons en présence de cas d'intersexualité. Ces anomalies sont toutefois d'une exceptionnelle rareté puisque ce sont les seuls exemples observés sur les 5.279 Dynamene examinées jusqu'à ce jour
Bibliographie
[CAULLERY 1920] ↑ CAULLERY (M.) et MESNIL (F.). — Bull. Biol. France-Belgique, 1920, 53, fasc. 4, p. 1 - 36.
[FAGE 1933] ↑ FAGE (L.) — Arch. Zool. gén. exp., 1933, 76, p. 105-248.
[HANSEN 1916] ↑ HANSEN (H. J.). — Quart. J. Micros. Sc., 1916, 49, p. 69-135.
[HESSE 1873] ↑ HESSE (M.). — Ann. Sc., 1873, sér. 5, 17, p. 1-35.
[PANOUSE 1940] ↑ PANOUSE (J. B.) . — Bull. Soc. Zool. Fr., 1940, 65, p. 93-98.
[OMER 1934] OMER-COOPER (J.) et RAWSON (J.H.) . — Rep. Dove mar. Lab. Cullercoats, 1934, n° 2, p. 22-58.
[TINTURIER 1962] TINTURIER-HAMELIN (E.). — C. R. Acad. Sci, 1962, 254, p. 3906-3908.
[TORELLI 1930] ↑ (B.) . — Pubbl. Staz. Zool. Napoli, 1930, 10, p. 297
Notes de l'article
Voir aussi
- Dans le réseau Wicri :
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